Qui décidera du niveau de langue nécessaire et qui définira les valeurs de la République nécessaires pour entrer en France ?
| Courrier international - n° 878 - 30 août 2007 |
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| En couverture / Toujours plus : Pourquoi les exploits de Sarkozy agacent la presse mondiale |
| La mauvaise réputation |
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| Qui décidera du niveau de langue nécessaire et qui définira les valeurs de la République nécessaires pour entrer en France ? |
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| Dans l’élan de sa victoire, Nicolas Sarkozy a annoncé que les immigrés devraient désormais faire preuve de leur connaissance de la langue et des valeurs françaises. Celui qui aspire à devenir un modèle pour l’Europe, y compris l’Espagne, n’a pas hésité à proposer comme mesure phare le contrôle de l’immigration, une initiative qualifiée d’aberrante il y a quelques années, quand elle avait été suggérée par les Autrichiens.
C’est le piège lorsque l’intégration des étrangers devient un critère de sélection, un instrument pour atteindre le monstrueux objectif d’une immigration “choisie”, comme s’il s’agissait d’une foire aux bestiaux. On oublie que, pour faciliter l’intégration, il faut d’abord définir dans quelle société les immigrés auront à s’intégrer. Pour ce qui est de la langue – le premier critère invoqué par Nicolas Sarkozy –, les choses sont en principe plus claires : personne ne doutera de ce qu’est la langue française, ou, le cas échéant, allemande, espagnole, etc. Le problème, c’est qu’il va falloir créer une équipe de grammairiens de la République, fixer la limite légale entre pratique correcte de la langue et pratique insuffisante. Autrement dit, il faudra élever la grammaire au rang de loi de la République et sanctionner les fautes de conjugaison, de concordance, d’orthographe ou de vocabulaire, au même titre que l’on sanctionne les fautes administratives. Le seul mérite de cette initiative extravagante serait qu’elle nous montre l’origine et les fondements de l’emploi d’interjections argotiques qui, cela n’a rien d’un hasard, sont toujours ou presque un pied de nez au pouvoir. Que feront nos grammairiens de la République face à l’emploi de l’argot ? L’interdiront-ils ? Ou bien ces locuteurs seront-ils rangés dans la catégorie des citoyens suspects ou de seconde classe ?
Mais la principale difficulté survient quand Sarkozy commence à parler des valeurs, ces créatures ineffables. Pour exiger des immigrés qu’ils connaissent les valeurs d’un pays, non seulement il faut qu’ils en connaissent la teneur – ce qui n’est pas chose facile, dans une société ouverte –, mais il faut aussi définir le statut légal et obligatoire de ces valeurs, comme dans le cas de En Allemagne, le régime nazi avait créé un “délit de mode de vie”. Aujourd’hui, lorsque nous nous demandons avec perplexité comment de telles aberrations ont pu se produire, une bonne partie de la réponse se trouve dans les louables intentions de ce conservateur modèle qu’est Nicolas Sarkozy. Ce qui est à l’origine de cette aberration, c’est la volonté acharnée de transformer quelques lubies arbitraires en une solution, comme nous y invite la période trouble où nous vivons. |
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| José María Ridao |
| El País |
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